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Du Coquet versant de la Loire à la Mer de Frossay à St Brévin

Contribution patrimoniale et sociale

Serge Cercleron  |  01/04/1964 à 00h00m00  |  Mis à jour le 10/05/2011 à 22h19m41

Du Coquet versant de la Loire à la Mer de Frossay à St Brévin
Les Annales de Nantes

Du Coquet versant de la Loire à la Mer de Frossay à St Brévin

 

Le Pays de Retz a deux versants nettement caractérisés : le versant Ligérien qui borde la rive sud du grand fleuve et l'autre qui s'incline vers la mer, vers la Baie de Bourgneuf [...]. C'est donc du premier dont nous parlerons en ce numéro de printemps.

Dans les études générales sur le département, on constate que ce plaisant coteau de Loire est très souvent oublié ; on vante Pornic, Bourgneuf, Machecoul mais très rarement Frossay, Paimboeuf, Saint Viaud, Corsept et toute l'arrière région agricole du riche canton de Saint Père en Retz : in convient donc de combler cette lacune et d'attirer les promeneurs et touristes en cette zone, car elle en vaut la peine, et l'on est vite séduit lorsqu'on se donne la peine de la pénétrer méthodiquement et d'en apprécier les secrets et toute la beauté panoramique.

Les lieux d'habitats furent très nombreux pour les premières tribus, ce qui s'explique par la présence de mamelons d'où l'on découvre les environs, puis la proximité de l'eau et des forêts afin d'y pratiquer la chasse et la pêche. De lointains ancêtres ont creusé des grottes comme à Saint Viaud et à Breven et élevé des menhirs et des dolmens ainsi que des tumulus.

Les gallo-romains ont vécu sur ces mêmes lieux et ce furent ensuite les évangélisateurs avec leurs fidèles qui perfectionnèrent les habitats et créèrent les paroisses : Saint Viaud, Saint Brévin, Saint-Pierre-en-Retz. La navigation sur de frèles barques était déjà relativement active sur la Loire d'où les haltes le long du fleuve.

Une voie romaine partant de Rezé pénétrait dans la presqu'île par Vue, La Sicaudais, Biais et arrivait à Saint Père en Retz où la diffusion se faisait alors par rayonnement vers Le Migron, Saint Viaud, Saint Michel et Pornic.

Sous Charlemagne et les Ducs de Retz, ces voies furent plus ou moins modifiées, mais la Loire resta la belle voie de pénétration, le grand courant de civilisation largement ouvert.

En dehors des Ducs de Retz, les possesseurs des grands domaines apparaissent : les de Bruc, titulaires de la Verrie ; les de Champeaux et du Bot au Plessis-Mareil dont l'avenue majestueuse descendait jusqu'à la Loire. Un bateau hollandais échoua tout près de ce petit port d'où le nom de Berg-op-Zoom qui reste à droite ; les d'Espinoze et de Cornulier s'établissent à La Rousselière ; les de Chevigné à La Sicaudais, et à l'extrémité de la presqu'île : Greix aux de Champeaux et le marquisat de la Guerche aux de La Touche-Limouzinière et de Bruc.

Autour des châtellenies à haute justice, avec toute une série de fonctionnaires : sénéchaux, procureurs fiscaux, notaires et collecteurs d'impôts, il y avait quantité de "terres nobles" sur lesquelles se fixèrent des gentilhommières, très pittoresquement situées, et dont les titulaires cherchaient à s'élever par l'instruction, par leurs actions en mer et sur terre, au rang de l'aristocratie. Tour à tour, sieurs, honorables hommes, nobles hommes, secrétaires et conseillers du roi, d'aucuns deviennent écuyers, messires et se créent des armoiries ; ils signe t du nom de la terre qu'ils occupent. Ils pullulent comme les cadets de Gascogne et impriment une mentalité toute particulière à la partie rurale étudiée.

En feuilletant les registres d'état civil, on constate que la masse des travailleurs qu'ils régentent est ignorante et ne sait signer : elle est laborieuse mais passive et docile, elle reste fidèle à l'Ancien Régime.

Toute autre est l'ambiance de Paimboeuf et même de Mindin et de Saint Brévin. C'est un milieu de marins, de voyageurs, à vie active où l'on désire s'instruire et c'est par ce puissant levier que de belles situations seront acquises par beaucoup. Paimboeuf aura même une école d'hydrographie, un collège. On remarque de nombreuses signatures aisées, résolues, au pied des actes de naissance et de mariage. La cité paimblotine ne vit pas au même rythme que la population rurale qui l'encercle.

Alors que Nantes est devenue dès 1700 un grand port sous l'instigation de Colbert, avec commerce avec les Antilles et les ports de l'Atlantique, alors que naît l'Ile Feydeay, nid de corsaires, d'armateurs et de planteurs, Paimboeuf devient peu à peu la soeur cadette de cette île de hauts négociants, elle a la même forme en plus vaste, elle se couvre d'hôtels de style Louis XV et Louis XVI, et ses quais sont très animés, très pittoresques, c'est l'avant port de Nantes de 1730 à 1850.

Lorsque des visiteurs de marque comme Young, Bonaparte, Edouard Richer, Stendhal feront halte à Paimboeuf, ils crieront leur admiration pour cette île peuplée de capitaines de navire, d'habiles constructeurs et de négociants actifs et audacieux.

Un vent de réformes et d'adaptations sociales souffle de bonne heure sur cet avant-port de Nantes et le Cahier de doléances en témoigne ; il est signé : Lecour de Grandmaison, Frèrejouan du Sein, Boulay du Paty, Léonard Despagne, Lecadre, Van der Luys, Lucas, Dithury, Hardy, Gautreau, Lehuédé, Ramet, Béziau...

Soutenus par les "bateaux armés" et par un rempart pourvu de canons d'Indret, les paimblotins résisteront héroïquement à toute incursion armée des royalistes et des ruraux. Ils acquerront une partie des domaines des nobles ruinés : Brie-Serant, Bécherel du Chardonnay, La Touche-Limouzinière, Dubot du Plessis-Mareil.

En 1840-50, on est frappé de voir sur les recensements la quantité de capitaines de navire résidant à Paimboeuf, rue Eole, grand'rue, rue neuve : Mathurin Gautreau, Guilbaud, Hardy, Fleury, Defoy, Soreau, O'poix, Pradel, Halgan, Maugat... Il y en a une cinquantaine avec plusieurs du même nom, c'est une pépinière encore plus riche que celle de Trentemoult. Que de récits de voyages, de naufrages, d'aventures alors évoqués dans ces foyers où la vie intellectuelle restait active, alors que l'on entretenait encore une "société littéraire" brillante ! Des écrits ont été faits à l'époque par Padioleau, Belot, Combaud mais on a de la peine à les retrouver. Un condensé était nécessaire.

Le principal ouvrage qui subsiste dans les vieilles familles est celui de Louis Séguineau, 350 pages, petit format, édité en 1914. C'est une précieuse mine de renseignements. Il rappelle en terminant les notabilités qu'il a fréquentées, Joseph de Trémaudan, Gustave de Juigné, député, Baillardel de Lareinty, sénateur. ET sa note finale est pessimiste, car Paimboeuf s'est alors endormi avec l'ensablement de la Loire, belle et large, mais trop peu profonde pour les tonnages grandissants.

Le canal de la Martinière, 1880 à 1910, avait redonné un moment de la vie et de l'animation à ce versant de la Loire. Les travaux avaient demandé u, gros apport de main d'oeuvre étrangère et les ports du Migron, de La Roche et du Carnet avaient connu un beau réveil. Les écoles publiques avaient même acquis une belle prospérité et un vif désir de s'instruire avait gagné ce milieu de pêcheurs, de marins et d'éleveurs.

Certes Paimboeuf a vécu de souvenirs tout un moment, sans toutefois jamais désespérer. Pendant la guerre 14-18 son activité a été remarquable et salutaire. Aujourd'hui, lorsqu'on parcourt l'ôlot du Haut et du Bas Paimboeuf, coquettement harmonisé avec des cités modernes aux toits rouges, avec sa belle et vaste plage joliement plantée, bien aménagée pour le bonheur des enfants, des familles et des promeneurs, on a la sensation d'un net réveil et l'espoir renaît.

En arrivant de Nantes, on est fortement impressionné par l'activité des usines Kuhlmann et des chantiers de construction de Paimboeuf A.C.P. qui ont leurs quais sur la droite. Plus loin, c'est la cale, le port lui-même, avec ses quatre grues et l'on y remarque du soufre, des bois, du sable... Puis c'est le phare et au delà, la plage-jardin qui enserre un calvaire et la "Pierre à l'oeil". Plus loin encore s'étalent les longs bâtiments des anciennes corderies.

Il faut évidement tourner le regard aussi vers les belles façades aux balcons en fer forgé, vers la sous-préfecture devenue mairie, vers la Caisse d'Epargne, une des plus actives du département et vers toutes les habitations du quai Boulay-Paty ; c'est un bel ensemble qui enchante.

On fait ensuite le tour de la ville en revenant par la "route des remparts" qui traverse les cités des Amourettes et du Bois-Gautier, avec leurs jardins fleuris. On entre alors dans la cité par des rues transversales, celle de l'église et des écoles, celle de l'hôpital et du marché, celle du cimetière et du château d'eau. Le regard pénètre çà et là, dans la cour de vieux hôtels où les carrosses passaient sous les porches vétustes et roulaient sur des pavés. On pénètre en imagination en de vastes salons avec boiseries et trumeaux encore parfois conservés.

On devine combien fut curieuse et intense la vie de Paimboeuf avec des rues et des quais grouillants d'un peuple marin qui savait s'amuser les jours de liesse.

Le "Corso Fleuri" qui se déroule chaque année à la Pentecôte est comme une prolongation de ces réjouissances d'antan. C'est comme une réminiscence des anciennes et célèbres "Régates de Paimboeuf" qui étaient très gaies et rassemblaient des foules considérables.

Après ces évocations, qui nous ont retenu dans Paimboeuf, on aura plaisir à s'isoler et à méditer dans les calmes bourgades qui sont comme des perles d'un diadème et qu'il faut parcourir lentement.

Corsept avec son église toute basse, son clocher en casque à pointe semblable à ceux de Cheix et de la Sicaudais, et son château du Pasquiau tout près du port qui fut le brillant rendez-vous de multiples artistes peintres autour de Charles Le Roux, maire.

Saint-Viaud, remarquable par sa situation dominante, un vrai belvédère apprécié depuis la plus haute antiquité.

Frossay, gros bourg massif, solidement campé sur son mamelon et d'où l'on surveillait la marche des bateaux de différentes nationalités, sur la Loire. Ces trois communes produisent du muscadet.

Quant à Saint-Père-en-Retz, on se retrouve en face d'un tel enchevêtrement de rues, de ruelles en zig-zag que l'on y perd facilement le nord. C'est lavielle cité qui mérite que l'on s'y attarde. Son territoire s'étendait jusqu'à la Loire et englobait l'îlot de Paimboeuf qui n'est devenue paroisse qu'en 1762. Le cours d'eau du Boivre étant navigable jusqu'à Saint-Père-en-Retz.

La presqu'île de Mindin, Saint-Brévin, avec sa large vue sur la mer, est devenue l'attrait principal, le pôle de séduction le plus important de tout ce que nous venons de voir. C'est un séjour de plus de 100.000 estivants, c'est le but des expéditions dominicales de beaucoup de nantais qui passent hélas trop vite en ce beau secteur sans s'y arrêter assez. Puissent ces quelques lignes les faire ralentir !

Dans son ensemble, toute cette captivante partie du Pays de Retz est très attachante, les charmes en sont variés, très complexes et chaque visite détaillée, ainsi que nous le verrons, apporte des impressions profondes qu'on oublie plus.

A. GERNOUX.

 

 

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