Avis de François Vivier Architecte Naval Contribution patrimoniale et sociale
Serge Cercleron | 22/01/2005 à 00h00m00 | Mis à jour le 07/05/2011 à 23h16m12
Monsieur le Président,
Je tiens par la présente lettre à vous donner mon avis sur le caractère culturel de la reconstruction d'un bateau traditionnel tel que la chaloupe de Paimboeuf.
Cet avis est donné en tant que cofondateur en 1979 de la Fédération Régionale pour la Culture Maritime, en 1981 de la revue le Chasse-Marée, et ayant depuis établi les plans d'une vingtaine de répliques de bateaux traditionnels français, en particulier dans le cadre du concours "un bateau pour chaque port".
Contrairement à la plupart des autres éléments du patrimoine et en particulier du patrimoine bâti ou du patrimoine mobilier, la durée de vie d'un bateau, construit pour une vingtaine d'années d'exploitation, dépasse rarement le demi siècle. Or la motorisation de la flotte de pêche et de cabotage s'est faite progressivement dans la première moitié du XXè siècle et principalement dans les années 30.
Seules quelques dizaines de voiliers de travail authentiques (non motorisés d'origine) existent encore à ce jour et ne représentent qu'une infime partie de ce qui a existé. Il s'agit en outre le plus souvent de petites embarcations qu'il était impossible de mettre à l'abri. Les yachts de plaisance, moins dépendants de facteurs économiques, ont un peu mieux résisté à ce phénomène de disparition massive.
Aussi, un projet de reconstruction comme celui que vous entreprenez, en s'attachant à une grande authenticité par l'exploitation de tous les éléments historiques et iconographiques existants, est la seule façon de conserver la mémoire de bateaux qui sans cela ne sortiraient pas de la situation d'oubli dans laquelle ils sont déjà.
Un projet de reconstruction a le mérite non seulement de recréer l'objet disparu mais aussi de maintenir vivants les gestes nécessaires à la construction comme à son utilisation. La navigation sur un bateau gréé en chaloupe avec huniers comme la Paimblotine permettra de comprendre le fonctionnement de ce gréement, ses limites comme ses avantages pour l'utilisation à la pêche qui était la leur.
Il ne faut en aucune façon assimiler la construction d'une réplique de bateau traditionnel à la copie d'un objet mobilier dont l'otiginal subsiste. Il s'agit ici d'une démarche essentielle à la préservation de notre patrimoine maritime et je souhaite que votre projet puisse contribuer à en faire la démonstration.
J'ajouterais que le caractère assez exceptionnel de la chaloupe de Paimboeuf, avec son gréement majestueux, ses performances qui devraient étonner jusqu'aux régatiers d'aujourd'hui, sa magnifique charpente traditionnelle en chêne, et représentant un port au passé maritime particulièrement riche, en font un des projets les plus intéressants parmi tous ceux auxquels j'ai oeuvré.
En souhaitant bon vent à votre projet, je vous prie, Monsieur le Président, de recevoir l'expression de mes sentiments les plus cordiaux.
François VIVIER, Architecte Naval.








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